Politics

d’un meeting à l’autre, comment la campagne de Valérie Pécresse s’est enrayée


Valérie Pécresse lors de la soirée « Le grand débat des valeurs », au Dôme de Paris, le 22 mars 2022.

Les heures les plus longues. Samedi 12 février, veille de son premier grand assembly parisien – elle doit en tenir un deuxième, dimanche 3 avril, porte de Versailles –, Valérie Pécresse retrouve son équipe au Zénith, pour une répétition générale. Elle traverse la salle vide, jauge les gradins, à perte de vue. Sur scène, les techniciens règlent les derniers détails du décor, solennel et froid : trois langues bleu, blanc et rouge qui glissent sur l’estrade, un massive pupitre clear. Ses proches, une dizaine – dont son directeur de campagne, Patrick Stefanini, son conseiller en communication, Geoffroy Didier, et son conseiller spécial, Jean-Marc Zakhia –, se dispersent dans la salle, tandis que les Jeunes Républicains sont briefés sur les moments-clés du discours, qu’il faudra applaudir.

Le pénaliste Francis Spziner, venu la coacher, s’assied au premier rang. « Mes chers compatriotes… », start la candidate du parti Les Républicains (LR). Le filage dure deux heures, interrompu à intervalles réguliers par le ténor du barreau, ancien avocat de Jacques Chirac et maire LR du 16e arrondissement de Paris, qui délivre ses conseils de prétoire : remark poser les gestes, la voix. Quand elle descend de la scène, elle semble épuisée. Léger flottement parmi ses conseillers : « Valérie » n’est pas prête. La veille, répétant son texte dans un théâtre parisien, toujours avec Spziner, elle a été bien meilleure, se rassurent-ils. Le jour J, galvanisée par les 7 000 militants attendus, elle saura se dépasser. Ils se quittent peu avant le dîner, inquiets.

Un « crash » en direct

Le level faible de la candidate, meilleure à la télévision qu’à la tribune, n’est un mystère pour personne. Mais, dans son entourage, ils ont été très peu à lui conseiller de s’extraire des codes du assembly pour cultiver sa singularité, innover. Tous tenaient à cette « grand-messe », ce « sacre », comme Nicolas Sarkozy avait eu le sien, en 2007. L’imposant assembly de Villepinte, au cours duquel Eric Zemmour a fait sa « mue », le 5 décembre, devant 10 000 militants surchauffés, a également marqué les esprits au QG de la prétendante à l’Elysée, où l’on s’impatiente. « Tu dois fendre l’armure », répètent ses soutiens, qui jugent l’ancienne ministre trop froide et corsetée.

Le lendemain, le Zénith est bondé. Ça fait longtemps que la droite, qui a vu ses effectifs militants fondre depuis dix ans, n’a pas rassemblé autant de monde, et de jeunes, qui tapent dans des tambours et agitent des drapeaux. Pantalon et veste noire, micro casque, Valérie Pécresse avance sur la scène, mécanique. « Comme un robotic », s’alarme l’un de ses « mousquetaires », assis au premier rang. « La France, je l’aime corps et biens…, plus je la parcours, plus je l’étreins… », récite-t-elle, sourire figé, tournant lentement la tête à droite, puis à gauche. Des mots de l’écrivain corrézien Denis Tillinac repris in extenso, mais qui, soudain, sonnent fake. Puis, elle drive sa voix, martiale, assurant ne pas vouloir se résoudre au « grand remplacement ».

Il vous reste 85.32% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Supply hyperlink

Leave a Reply

Your email address will not be published.