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« J’ai été Peter Pan, un beau mousquetaire, Batman plusieurs fois »


Félix Maritaud, quand il était enfant, au au carnaval de La Guerche-sur-l’Aubois, dans le Cher.

« Je dois avoir 5 ou 6 ans sur cette picture, prise au carnaval de La Guerche-sur-l’Aubois, le village du Cher dans lequel j’ai grandi, au beau milieu de plaines. A la campagne, les rituels sont souvent plus nombreux et suivis qu’en ville, avec des traditions liées à la nature ou à la faith : là-bas, ce carnaval était vraiment la fête païenne qui marquait l’arrivée du printemps. Tous les enfants sortaient déguisés dans la commune, accompagnés par les adultes. Sur la place centrale, où trône l’église que l’on voit ici, un feu était allumé. J’adorais me déguiser. J’ai été Peter Pan, un beau mousquetaire, Batman plusieurs fois et, ici, un clown.

Mes dad and mom, bons vivants, venaient déguisés eux aussi – une fois, ma mère a même osé un costume de gros bonbon, tout en aluminium rose… Derrière le mur d’adultes qu’on voit sur la photograph, tous les autres enfants doivent jouer, lancer des confettis ou des pétards. Moi, je n’étais pas en marge mais toujours un peu décalé, très smart, dans la efficiency, et je lis quelque selected de symbolique dans ma façon de faire le clown dans mon coin, alors que tout le monde me tourne le dos. Le mythe de l’artiste ou du pédé, peut-être. En tout cas, le sentiment de ne pas grandir exactement dans le même sens que les autres.

« Il faudrait que les comédies françaises, dans leur grande majorité, cessent d’être grossophobes, homophobes, xénophobes, et j’en passe. »

A cette époque-là, je voulais devenir astronaute ou archéologue. Des métiers en “a”. Mais acteur, je n’y pensais pas. Plus tard, j’ai commencé les beaux-arts sans avoir véritablement l’envie d’être artiste. Là-bas, j’ai rencontré un garçon avec qui j’ai vécu une grande histoire d’amour. Je me suis essayé à la peinture, au dessin, à la building de l’picture. C’est le premier endroit institutionnel dans lequel on m’a dit que ma imaginative and prescient un peu détraquée des choses pouvait être explorée.

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Pourtant, dès mon deuxième movie, Sauvage [de Camille Vidal-Naquet], j’ai senti qu’acteur serait un métier plus convenable. J’ai capté que je pouvais, au cinéma, être un outil qui ressent et essaie de transmettre des sensations. Etre artiste, c’est une forme de catharsis intense, et peindre, c’est aller au plus profond de soi pour en tirer quelque selected à appliquer sur une floor. Jouer, au contraire, permet de s’éloigner de soi. On est davantage protégé, on determine les émotions d’un personnage pour éviter de gérer trop frontalement les siennes.

Acteur, c’est mystique, mystérieux, mouvant, mais plus confortable qu’artiste, à mon avis. Faire le clown, au cinéma, cela ne me déplairait pas. Mais il faudrait que les comédies françaises, dans leur grande majorité, cessent d’être grossophobes, homophobes, xénophobes, et j’en passe, qu’elles arrêtent de moquer la classe ouvrière ou les paysans. Ou qu’elles s’aventurent dans un humour noir, plus trash. Mais faire rire pour être gentillet ou consensuel ? Non.

Aujourd’hui, je retourne à l’event à La Guerche. J’y étais encore pour Pâques, chez mon père. Je voyage beaucoup, mais il y a peu d’endroits aussi beaux que son jardin pour admirer des couchers de soleil : une esplanade allongée, des arbres sauvages et, derrière, le soleil qui tombe en faisant comme des ombres chinoises… Quand je regarde cette photograph, aujourd’hui, je m’y reconnais. C’est un véritable portrait de moi, pas actuel, bien sûr, mais qui montre vraiment qui je suis, mon état d’esprit – un portrait-racine, en quelque sorte. »

Tom (1 h 27), de Fabienne Berthaud. Avec Nadia Tereszkiewicz, Félix Maritaud et Tanguy Mercier. En salle le 11 mai.



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