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La folle histoire de l’édition de 1991, à Rome, tragicomédie à l’italienne


L’Eurovision 1991, à Rome (Italie), fut mémorable. Mais pas forcément pour les bonnes raisons. Une ville-hôte désignée seulement quatre mois avant l’événement, des couacs avec l’orchestre, un duo de présentateurs ne maîtrisant ni l’anglais ni le français, une finale au dénouement inédit explosant de 40 minutes l’horaire prévu… « Elle est l’exemple de tout ce qu’il ne faut pas faire à l’Eurovision », glisse à 20 Minutes, le journaliste italien Emanuele Lombardini.

« Je ne sais pas si “chaotique” est le mot juste pour qualifier cette édition, mais sans doute que l’apathie côté organisation n’a pas aidé, poursuit le Transalpin, auteur d’un ouvrage sur l’picture des pays au concours. Ceux qui ont travaillé sur ce concours n’avaient pas du tout l’impression d’être en plein chaos. L’Eurovision était “un programme à faire” et il a été fait. C’est seulement après, au regard des commentaires européens, qu’il y a eu une prise de conscience de la manière dont cette édition avait été jugée. »

« Cette victoire fut inattendue et accueillie comme une disaster »

Pour comprendre à quel level l’affaire était mal engagée, il faut remonter une année en arrière. En 1990, à Zagreb (alors en Yougoslavie, aujourd’hui en Croatie), Toto Cutugno représente l’Italie à l’Eurovision avec Insieme : 1992. Dans un contexte post-chute du Mur de Berlin et pré-Traité de Maastricht, cette chanson au texte fédérateur triomphe devant le White and Black Blues de la Française Joëlle Ursull. « Cette victoire fut inattendue et accueillie comme une disaster, reprend Emanuele Lombardini. Le fait que la Rai l’ait retransmise en différé, à minuit, est symptomatique du peu d’intérêt qu’elle accordait au concours. »

En Italie à l’époque, et encore aujourd’hui, la principale compétition musicale faisant vibrer les foules, c’est le Competition de Sanremo. Une establishment de la chanson italienne, créée en 1951, sur laquelle se rivent les thousands and thousands d’oreilles de la Botte chaque fin d’hiver. Dans un premier temps, la Rai, la chaîne publique transalpine, envisage de déballer le cadeau empoisonné dans cette ville de la Riviera ligure. Il était prévu d’organiser l’Eurovision 1991 façon puzzle, dans plusieurs endroits, aucun lieu ne disposant à lui seul de la capacité nécessaire exigée. Les organisateurs ont finalement décidé de déployer le barnum à Rome après que la Guerre du Golfe a éclaté en août 1990. « Les questions de sécurité étaient un easy prétexte », chuchote Emanuele Lombardini, laissant entendre qu’il s’agissait surtout de faire des économies.

« Une impression d’impréparation »

La compétition a donc atterri dans les mythiques studios de cinéma de Cineccità. « C’est en banlieue de Rome. Quand je suis arrivé sur place, je me suis dit : C’est là que ça va avoir lieu ? La salle était petite. En comparaison, à Malmö (Suède) l’année suivante, cela m’avait paru gigantesque ! », se remémore Franck Baillot. Le Français, passionné du concours, vit alors son premier Eurovision de l’intérieur. Son enthousiasme s’est rapidement confronté au désintérêt de la inhabitants locale. « Ce qui m’a marqué, c’est qu’il n’y avait pas d’ambiance, c’était un non-événement. La presse italienne ne l’évoquait quasiment pas, il n’y avait aucune affiche dans les rues, quand j’ai voulu en discuter avec le réceptionniste de l’hôtel, il ne savait pas de quoi je parlais. »

Accréditation autour du cou, Franck Baillot a passé la semaine à regarder le spectacle se mettre péniblement en place : « Ce que je voyais me donnait une impression d’impréparation, que tout était fait à la dernière minute. Les 700 sièges, par exemple, n’ont été installés que le vendredi matin. » Plusieurs délégations râlaient de ne pas avoir assez de temps pour répéter ou s’agaçaient des retards des musiciens de l’orchestre qui, eux, blâmaient la pluie et les embouteillages, comme le relate le livre La Saga Eurovision paru aux éditions Favre.

« Rome 1991 fut organisée à la hâte et à contrecœur, mais sans intention délibérée de mal faire, plaide Emanuele Lombardini. C’est juste que la Rai ne croyait pas au potentiel du concours et travaillait avec ses moyens et sa gestion du temps, qui ne coïncidaient pas avec ceux de ses homologues européens. Sandra Bemporad, qui supervisait le present, s’est plainte par la suite en expliquant combien les requirements européens avaient été supply d’angoisse et à quel level cette expérience fut horrible pour elle. »

« C’était vachement lengthy »

Le 4 mai 1991, le traditionnel Te Deum retentit cependant à l’heure prévue et les téléspectateurs européens découvrent une curieuse scène faite de bric, de broc et de néons, avec des éléments de décor recyclés d’autres tournages, entre l’structure vintage et les gratte-ciel modernes. Toto Cutugno fait son apparition, cette fois-ci en tant que maître de cérémonie, au côté de Gigliola Cinquetti, gagnante de l’Eurovision 1964. Problème : ni l’un ni l’autre ne parle suffisamment bien anglais ou français, les deux langues officielles du concours exigées pour animer l’événement. Ils assurent donc leur rôle (quasi) intégralement en italien. « Il fut rapidement évident que la soirée allait dans le mur. Ce duo n’était pas adapté aux attentes et au rythme d’un événement comme l’Eurovision. Il semblait ne pas se rendre compte qu’il intervenait sur un programme européen », souligne Emanuele Lombardini. Pour Franck Baillot choisir Toto Cutugno était « une erreur » : « Lors de l’annonce des résultats, il répétait chaque level attribué en trois langues : français, anglais et italien. Il se trompait parfois… C’était vachement lengthy. »

La chanteuse grecque Sophie Vossou, elle, avait de quoi faire la grimace. Sa chanson, Anixi, a été massacrée par un redoutable saxophoniste qui a enchaîné les fausses notes sur le pont musical.

« La délégation grecque a déclaré après coup qu’entre la répétition et la soirée en direct, le saxophoniste a été remplacé, essentiellement pour des soucis d’économie, parce que l’orchestre était composé de vacataires (“turnisti”). Je ne saurai dire quelle est la half de vérité là-dedans, précise le journaliste italien. D’autres racontent aussi que sur la efficiency de Peppino Di Capri, l’orchestre semblait moins “en forme” comparé aux autres prestations. » Ce dernier, qui représentait l’Italie avec une chanson en napolitain, aurait même, selon la rumeur, reçu une seule consigne : « Ne pas gagner ». Si c’est vrai, la Rai a sans doute soufflé de soulagement lorsqu’il a fini à une honorable septième place sur 22 concurrents.

La désignation du pays vainqueur est, quant à elle, restée dans les annales. Suède et France ont fini ex aequo avec 146 factors chacune et ont été départagées par un tout nouveau règlement, entré en vigueur deux ans plus tôt. La Scandinave Carola et la Française Amina ayant reçu le même nombre de 12 factors, c’est au niveau des 10 factors que la différence s’est faite : la première en avait glané cinq et la seconde deux. Le superviseur exécutif Franck Naef a donc déclaré la Suédoise grande gagnante.

Léon Zitrone « dans un état de nerfs pas doable »

Sa dauphine, qui « n’imaginait même pas être dans le prime 10 », n’a pas eu de mal à digérer cette rétrogradation. En revanche, Léon Zitrone, qui commentait la soirée pour Antenne 2, a explosé en coulisses. « Il était dans un état de nerfs pas doable. Il a piqué une colère noire. C’était très drôle », se souvenait, amusée, Amina, il y a quelques années pour 20 Minutes.

Franck Baillot, lui, raconte que, dans la salle, personne n’a compris remark les deux chanteuses ont été départagées. « En sortant, j’ai croisé Franck Naef et je lui ai dit “Mais alors, et la France ?” Il m’a répondu : “La France n’est pas au-dessus du règlement” avant de continuer son chemin. Je n’ai donc pas eu la réponse et, à cette époque, il n’y avait pas Web pour se renseigner. »

Les Italiens ont été plus de 6 thousands and thousands à suivre cette tragicomédie à la télévision. « Ce n’est pas beaucoup au regard des audiences de l’époque, mais bien davantage que ce qui était prévu. Depuis, la télévision a changé. Si l’édition 2022 réalisait ces chiffres d’viewers en Italie, ce serait un succès énorme », observe Emanuele Lombardini.

Ce rating inattendu n’a pas suffi sur le second à redorer le blason de l’Eurovision chez nos voisins. D’ailleurs, ils se sont retirés une première fois durant trois éditions, de 1994 à 1996, puis de 1998 à 2011… Le chef de la Rai, Mario Maffucci, arguait en 1998 que l’Eurovision n’était pas adaptée au public italien. Depuis que l’Italie a fait son retour dans la compétition il y a onze ans, elle n’a terminé que deux fois en dehors du Prime 10. Et lorsqu’elle s’est imposée avec Måneskin l’an passé, cela n’a pas été vécu comme une malédiction, mais bel et bien comme un motif de fierté. Cet Eurovision 2022 que s’apprête à accueillir Turin sera l’event ou jamais de prouver que le concours finit par chanter aux Italiens, même s’il ne détrôna jamais Sanremo dans leurs cœurs et leurs oreilles.





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