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« L’ARN messager offre un potentiel énorme pour un grand nombre de maladies »


Ugur Sahin, fondateur et PDG de l’entreprise pharmaceutique BioNtech, le 1er juin 2020 à Mayence, en Allemagne.

Aux yeux du monde, l’ARN messager (ARNm) reste intimement lié au Covid-19. Et pour cause : pour sa première utilisation clinique, cette technologie a remporté de manière éclatante la course au vaccin et sauvé des millions de vies. Cette première victoire pourrait en annoncer d’autres. Au point que beaucoup proclament déjà une révolution médicale. Président de BioNTech, l’entreprise allemande qui a conçu le vaccin commercialisé par Pfizer, Ugur Sahin en décrit les possibles déclinaisons. Au menu : maladies infectieuses, cancers, pathologies chroniques, médecine régénérative.

La technologie de l’ARN messager est apparue sur la place publique avec le vaccin contre le Covid-19. D’autres maladies sont aujourd’hui dans le viseur des laboratoires. Lesquelles ?

Nous travaillons sur des vaccins contre plusieurs maladies infectieuses aux besoins médicaux élevés comme le sida, causé par le VIH, la tuberculose et le paludisme. Les deux premiers sont soutenus par la Fondation Bill & Melinda Gates. Tous ces projets sont actuellement au stade préclinique. Nous poursuivons également, en collaboration avec notre partenaire Pfizer, un programme de vaccin contre la grippe qui est, à présent, en développement clinique. Notre objectif est de commencer les essais cliniques contre le paludisme et la tuberculose fin 2022. Enfin, dix pathologies supplémentaires font actuellement l’objet de tests précliniques.

Prenons deux enjeux majeurs de santé publique, la grippe et le VIH. Les vaccins contre la première sont relativement médiocres, il n’en existe pas contre le second. En quoi l’ARN messager offre-t-il des atouts particuliers ?

L’ARN messager peut changer la donne parce qu’il est l’outil parfaitement adapté pour déclencher des réponses immunitaires. Pour la grippe, nous pensons qu’il permettra de développer l’immunité cellulaire, cette deuxième ligne de défense contre les infections virales, qui vient s’ajouter à la première, les anticorps. Les vaccins saisonniers actuels produisent des anticorps mais peu de cellules CD4 et encore moins de cellules tueuses T CD8. Or les études ont montré que les cellules CD8 jouent un rôle essentiel dans la prévention des formes graves de grippe. D’un point de vue scientifique, je suis particulièrement intéressé par la réponse des cellules T.

De plus, le rythme de production de l’ARN messager est plus court et nous permettrait de développer un vaccin contre une souche mieux ciblée. Compte tenu de la rapidité d’évolution de ce virus, c’est essentiel. Les vaccins habituels sont développés en fonction de souches sélectionnées six mois avant que la grippe ne se déclare. Avec l’ARN messager, nous pouvons réduire ce délai à trois mois, ce qui nous permettrait de prendre une décision en fonction des données les plus récentes, donc les plus pertinentes. Tout cela doit encore être validé dans le cadre d’un essai de phase 3. Cela imposera aussi une adaptation du processus de sélection des souches par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), pour suivre ce nouveau rythme.

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