Politics

Macron, un poil de style



Et si tout s’était joué pour Emmanuel Macron à Marseille, le 16 avril 2022, entre accès à son intimité à travers les réseaux sociaux – l’homme détendu en coulisses après le assembly, chemise ouverte sur torse velu – et maîtrise des codes classiques du pouvoir – le retournement de popeline dit stricto sensu le politique prêt à retrousser ses manches. L’acmé d’un model « en même temps » mâtiné de Kennedy qu’il a affûté lors du premier quinquennat.

Première étape, gommer toute aspérité pouvant interférer avec la stature présidentielle. Oublié, le costume noir un rien trop inspecteur des Funds maître de conf’ à Sciences Po de 2017. Il a été troqué pour un costume tout aussi ajusté mais bleu régalien, comme la cravate, le monochrome signant le dévouement complete au rôle. Rangé également le gilet du trois-pièces un rien banquier d’affaires – trop clivant, trop Rothschild
. Passons sur le col roulé, désormais admis comme une stratégie classique d’évitement de la cravate tout en conservant des vertus de tenue et de port de tête altier, y compris dans sa model féminine, où il s’affiche volontiers blanc ou crème.

Sobriété. Dans son évolution stylistique, Emmanuel Macron n’est pas revenu sur l’oukase républicain refusant l’utilization de la parure au politique. Un interdit datant de l’abolition de l’behavior de cour par la Révolution, métonymie du fight entre éthique égalitaire et luxe d’Ancien Régime. On se souvient peu, et c’est peut-être dommage, que, pour montrer la puissance de son maître et donc de l’Angleterre, le duc de Buckingham – oui, celui des Trois Mousquetaires de Dumas – match son entrée à la cour de France en essaimant sur son passage les perles volontairement mal cousues de son behavior. Même amnésie esthétique sur Louis XIV paré des diamants de la Couronne pour éblouir les envoyés du roi de Siam – même si l’utilization du pouvoir demeure largement magnoludovicien.




  • Au-delà de Depardon. Ce « submit » Instagram de Soazig de La Moissonnière, photographe officielle du président, a enflammé les réseaux sociaux.




  • Relâché travaillé. Un autre « submit » Instagram de Soazig de La Moissonnière.

Loin de cette magnificence, passée au tamis de cinq républiques, Emmanuel Macron a persévéré dans la sobriété du costume-cravate, uniforme civil des hussards de la République model 2022. Une antienne reprise à dire vrai par tous ses adversaires aussi bien masculins – il est désormais établi que la cravate de Yannick Jadot n’est pour rien dans les résultats du candidat écologiste
– que féminins : Marine Le Pen a depuis longtemps adopté un uniforme pantalon-veste inspiré de celui de l’ex-chancelière allemande Angela Merkel – un comble quand on se souvient des mots de la première pour la seconde.

Jupiter en « hoodie ». La révolution macroniste de l’attract s’est jouée ailleurs quand, début 2022, la sphère politique redécouvre que l’expression textile du pouvoir ne se limite pas au costume. Au cœur de l’évolution, le look Zelensky, pour reprendre l’expression de Kamel Daoud s’interrogeant il y a quelques semaines dans Le Level sur le tee-shirt militaire du président ukrainien
. Une pièce devenue symbole de résistance face aux uniformes russes et non plus seulement celui d’une virilité exacerbée, de Marlon Brando à Vladimir Poutine… Le dimanche 14 mars 2022, en fin de journée, les réseaux sociaux s’enflamment devant la imaginative and prescient d’un Emmanuel Macron dans son bureau de l’Élysée, mais en denims, barbe de trois jours et sweat-shirt à capuche – un hoodie en langage mode – portant les couleurs du CPA 10, le commando parachutiste de l’air 10, unité d’élite.

Sans doute a-t-il déjà revêtu tenues de fight et treillis pour des vols en Rafale ou des hélitreuillages sur sous-marin – un tropisme atlantiste d’identification avec les troupes model High Gun. Le propos est différent avec ce look de beau gosse presque comme les autres déjà apprécié de ses followers, followers des sweat-shirts sans capuche du président « off obligation » : Emmanuel M. s’inscrit ainsi dans le goût commun des quadras de son époque, Veja – les sneakers « responsables » – aux pieds contains. Le côté militaire du hoodie, lui, cligne de l’œil vers Zelensky (un soutien textile ne pouvant pas froisser Moscou) tout en exprimant la permanence de l’État et l’engagement complete dans son rôle de chef des armées, week-end inclus. Quant à la barbe de deux jours, autre marqueur générationnel, elle annonçait la vivacité de la pilosité présidentielle, dévoilée donc le 16 avril 2022 à Marseille.


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Ensemble. Emmanuel et Brigitte Macron sur la plage du Touquet, le 23 avril.

Effet miroir. Rien de volé dans ces posts de Soazig de La Moissonnière, photographe officielle de l’Élysée et du président, véritables selfies élyséens. Quand il fallut presque trente ans pour découvrir le movie de Raymond Depardon sur la campagne de VGE en 1974, la validation et la publication des photographs d’Emmanuel Macron jouent l’immédiate connivence d’Instagram. Ainsi, le réseau social devient le média d’une attract et d’une geste reléguant une bonne fois pour toutes au rang de curiosité historique les periods arrangées des magazines individuals dans les années 1980. Plus efficaces encore que les clichés du couple présidentiel sur la plage, en blouson et lunettes d’aviateur pour lui et caban pour elle lors du premier tour – le Touquet des Macron comme miroir du Hyannis Port des Kennedy ; en hoodie tricolore et casquette d’ado pour Monsieur et Perfecto en denim pour Madame lors du second tour – on est soudain très loin de JFK et de Jackie. Ce fil-là, nourri en permanence, dit un homme de son temps, joueur, amoureux et sensuel. Ainsi, le dévoilement n’annihile pas le « corps du roi », il le sexualise tout en réconciliant l’homme et le politique. Ainsi, l’esthétique présidentielle n’est ni monolithique ni son expression, distinctive. Sa pluralité révèle la complexité d’ un homme qui à la query « Vous voulez toujours devenir écrivain ? » posée par Le Level il y a quelques semaines répondait : « On verra. Et, en fait, je le suis, j’accumule des histoires. »
Et des photographs pour les raconter.


STEPHANE FERRER/Hans Lucas by way of AFP – instagram soizig de la moissonnière instagram#soizigdelamoissonniere



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