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« On n’est pas encore sorti d’affaire avec le Covid-19 », prévient Alain Fischer


Après des semaines de débats enflammés au Parlement et la validation du Conseil constitutionnel, c’est ce lundi qu’entre en vigueur le pass vaccinal. Il faudra donc, pour monter dans un TGV, entrer dans un musée ou prendre un verre, présenter soit une attestation de vaccination avec
schéma vaccinal complet (primo-vaccination complète et dose de rappel si la dernière injection date de plus de sept mois), soit un test PCR ou antigénique positif au Covid-19 datant d’au moins 11 jours et de moins de 6 mois pour tous les plus de 16 ans.

Et pourtant, les Français entrevoient l’espoir que cette vague soit bientôt derrière nous… voire qu’elle soit la dernière. Pour comprendre l’intérêt d’une telle modification et évaluer si l’idée d’une fin de la pandémie est réaliste, 20 Minutes a interrogé l’immunologiste
Alain Fischer, qui conseille le gouvernement sur la stratégie vaccinale.

Le pass sanitaire est remplacé ce lundi par le pass vaccinal. Quel est l’intérêt ?

C’est une adaptation logique d’un pass qui a démontré son efficacité. D’après une étude sérieuse, le pass sanitaire a convaincu 13 % des adultes français de se vacciner. D’ailleurs, on l’a vu dans les chiffres de vaccination : en juin, la courbe s’aplatit ; le 12 juillet, annonce du pass sanitaire, ça repart. Cette évolution est justifiée, le maintien d’un pass aussi.

De facto, c’est une incitation forte à la vaccination et au rappel. Ce qui est logique dans le contexte du variant Omicron, beaucoup plus transmissible avec une circulation virale extrêmement élevée. Et on sait qu’une personne qui fait un test négatif aujourd’hui pourrait avoir un test positif demain.

Le professeur Alain Fischer répond aux question du journal
Le professeur Alain Fischer répond aux question du journal – Olivier Juszczak / 20 Minutes

A de multiples reprises, Emmanuel Macron avait assuré qu’il n’y aurait pas d’obligation vaccinale. Mais ce pass vaccinal n’est-il pas une obligation déguisée ?

Il existe déjà une obligation vaccinale pour les professionnels de santé. L’objectif est de les protéger, de protéger le système de santé et de réduire les risques qu’un soignant contamine un patient. L’obligation vaccinale, ce n’est pas un gros mot. Rappelons que onze vaccins sont obligatoires pour les nourrissons et finalement, ça n’a pas suscité d’opposition forte.

C’est une arme possible, est-elle utile ? J’ai de forts doutes. Ce serait éthiquement envisageable, mais pratiquement, cela aurait peu de chances d’apporter grand-chose et risquerait de déclencher des hostilités. Qui n’est pas encore vacciné ? Pas forcément des gens dans l’idéologie, mais à distance du système de santé. Même s’il y a un noyau dur d’antivax.

Vous parlez d’hostilité, mais ce pass vaccinal ne risque-t-il pas d’exclure, de crisper, d’isoler les personnes non vaccinées ?

Depuis que le pass sanitaire a été mis en place, il y a eu quelques manifestations contre, mais c’est resté assez limité. Aujourd’hui, 92 % des plus de 12 ans ont reçu au moins une dose, et une grande majorité des Français étaient convaincus d’emblée.

On sait aujourd’hui que les vaccins protègent efficacement des formes graves de Covid-19, mais pas de la transmission. En quoi ce pass vaccinal permettrait-il d’éviter une nouvelle vague ?

Plus la vague de contaminations est étalée, moins la pression est forte sur l’hôpital. Voilà pourquoi nous devons faire appel à toutes les mesures qui permettent de limiter le poids sanitaire de la vague actuelle : vaccination, rappel et gestes barrières.

Certains peuvent avoir l’impression d’un tour de force à contretemps : Omicron provoque moins de cas graves, le ministre de la Santé évoque la possibilité que cette vague soit la dernière, un calendrier de la levée des restrictions vient d’être dévoilé…

Nous avons actuellement 2.500 nouvelles hospitalisations, 286 entrées en soins critiques et 230 décès par jour. On n’est pas encore au bout de l’épidémie, qui par ailleurs est grave. Omicron est moins sévère, mais il y a tellement de cas ! Sur la dynamique, d’après les modélisations et étant donné les légères baisses dans les premières régions touchées, Ile-de-France et Corse, on est peut-être au tout début de la décrue. Mais il faut passer ce cap. Nous avons encore 21 millions d’adultes qui n’ont pas fait leur rappel. Or, l’intérêt est qu’il protège à 90 % contre Omicron et que cette protection est active sept jours après l’injection. Tous les Français devraient regarder les courbes de Guillaume Rozier sur Vaximpact pour mesurer l’importance du rappel.

Le professeur Alain Fischer montre les courbes réalisées par Guillaume Rozier sur les Français hospitalisés en fonction de leur schéma vaccinal.
Le professeur Alain Fischer montre les courbes réalisées par Guillaume Rozier sur les Français hospitalisés en fonction de leur schéma vaccinal. – Olivier Juszczak / 20 Minutes

« Le pass pourrait être suspendu si la pression épidémique et surtout hospitalière venait à se réduire fortement et durablement », expliquait Jean Castex jeudi soir. Mais cela reste flou. La loi prévoit-elle des conditions précises pour supprimer le pass vaccinal ?

S’il n’est plus utile, il devra disparaître. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Mais nous avons bien sûr l’objectif de simplifier la vie de tout le monde.

La Grande-Bretagne a décidé de lever toutes les restrictions mercredi dernier. L’Espagne choisit de considérer le Covid-19 comme une grippe. Sommes-nous en passe de voir la fin du tunnel aussi en France ?

On n’est pas face à la grippe ! La Grande-Bretagne est en avance sur nous : elle affiche un taux d’incidence à 900 pour 100.000 habitants, quand nous sommes à 3.000. Aujourd’hui [le 21 janvier], le choix politique, c’est la vaccination et le respect des gestes barrières. A terme, on peut envisager de réduire les différentes mesures de protection. Mais on n’est pas encore sorti d’affaire…

Le dernier avis du Conseil scientifique laisse entrevoir une amélioration pour la mi-mars. Y croyez-vous ?

Je ne suis pas un modélisateur, mais je lis les mêmes projections que le Conseil et cela paraît plausible. Plus il y a de vaccinations et d’immunités induites, moins il y aura de personnes infectables, donc logiquement, les contaminations tombent.

Reste que 500.000 personnes de plus de 80 ans n’ont reçu aucune dose et ce chiffre ne baisse pas, alors que les primo-vaccinations augmentent depuis l’annonce du pass vaccinal. Or, ce sont ces personnes qui risquent le plus d’aller en réanimation. Comment expliquer cet échec ?

Cela baisse un peu. On serait davantage autour de 470.000. Mais à l’évidence, c’est très difficile de toucher ces personnes, malgré les efforts déployés par les mairies, l’Assurance maladie, les médecins… Cela nous dit quelque chose sur l’isolement de certaines personnes âgées. Je ne suis pas sûr qu’on ait beaucoup plus de ressources disponibles.

Deuxième sujet de préoccupation : la vaccination des enfants patine. Pourquoi ?

Il y a des raisons pratiques. Du côté des vaccinateurs, d’abord, qui sont aujourd’hui les généralistes et les pédiatres en ville, des médecins dans certains centres de vaccination et de protection maternelle et infantile (PMI). Les pédiatres renâclent pour deux raisons : il n’est pas évident d’avoir dix enfants à vacciner le même jour. Par ailleurs, les enfants doivent être accompagnés d’un parent, les rendez-vous se concentrent donc le mercredi et le week-end. Il faudrait que les secouristes, les infirmières, les pompiers qui vaccinent en centre, après une formation courte pour savoir comment s’adapter aux plus jeunes, puissent les vacciner. De même que certains pharmaciens.

Deuxième sujet : les réticences des professionnels de santé et des parents. Il faut continuer à expliquer le bien-fondé de cette vaccination. Elle est pertinente, efficace et sûre. Pourquoi pertinente ? Nous sommes en pleine phase épidémique et les enfants, c’est la classe d’âge la plus infectée : 5 % le sont par semaine. Ensuite, ce vaccin est efficace. Il évite les formes graves chez les enfants. D’autant que les hospitalisations des plus petits augmentent.

Enfin, et c’est un point sur lequel je veux insister : cette vaccination est sûre. On a des données très solides venant des Etats-Unis, où la vaccination pédiatrique a commencé début novembre. Le risque de myocardite est beaucoup plus faible chez les enfants que chez les adolescents et les adultes. Ce risque, résiduel, est infiniment plus faible que le risque de cas graves de Covid-19. Les enfants espagnols, allemands ont une meilleure couverture : entre 20 et 25 %, alors qu’on est à 3 % ou 4 %. Dommage que ça aille si lentement…

Certains commencent à parler d’une quatrième dose en France…

Uniquement pour les personnes immunodéprimées, et c’est justifié. Seul Israël a décidé de mettre en place une quatrième dose pour les soignants et les plus de 60 ans. Il n’y a pas les éléments pour le faire en France.



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