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quel avenir au gouvernement ? Sa démission en suspens




ELISABETH BORNE. Pour sa première prise de parole depuis les législatives, Élisabeth Borne a répondu à certaines figures de l’opposition qui ont appelé à sa démission. La Première ministre entend poursuivre sa mission au sein du gouvernement.

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[Mise à jour le 23 juin à 23h51] Pour la première fois depuis le revers des législatives pour la majorité présidentielle, la Première ministre, Élisabeth Borne, a pris la parole. Absente de l’allocution du président Emmanuel Macron, la locataire de Matignon a été interviewée par Ruth Elkrief sur LCI. L’entretien s’est déroulé depuis l’Hôtel de Matignon. Élisabeth Borne a abordé la question de son avenir à la tête du gouvernement. “Je ne me demande pas si je suis en sursis”, a-t-elle assurée en concédant toute fois qu’une fonction de Premier ministre, “c’est un CDD.” “Cela ne me fait pas peur, ça ne m’impressionne pas”, a-t-elle annoncé à propos d’un éventuel hémicycle avec des oppositions fortes. 

L’échec des législatives et sa responsabilité dans ce revers pour le camp Macron ont également fait partie des sujets sur lesquels la Première ministre a été interrogée. Si de nombreuses figures de l’opposition demandent sa démission ou qu’elle se soumette à un vote de confiance devant l’Assemblée nationale lors de son discours de politique générale, Élisabeth Borne n’a pas “tranché” sur le fait d’engager sa responsabilité. En raison de l’absence de majorité absolue du camp présidentiel, “la question qui se pose est celle des coalitions”, a déclaré Élisabeth Borne. Et pour arriver à faire voter les lois du second quinquennat d’Emannuel Macron, la Première ministre a assuré que le gouvernement “travaillera avec Les Républicains”. “On aura à bâtir une majorité sur les textes et donc si des amendements recueillent une majorité à l’Assemblée nationale, on ne peut pas écarter un amendement seulement en fonction de qui le porte”, a indiqué la Première ministre affirmant être “confiante sur le fait qu'(elle) puisse trouver des députés pour voter des textes”.

Le refus de la démission d’Elisabeth Borne est apparu comme une décision inattendue de la part du président de la République. Cependant, plusieurs éléments pourraient justifier le choix d’Emmanuel Macron. A commencer par la volonté de sa cheffe du gouvernement de rester en poste pour pouvoir mener à bien quelques dossiers chauds. “La Première ministre a plaidé pour rester afin d’avoir les outils pour faire face à la situation et aux urgences des Français, ce qu’on ne pouvait pas faire avec un gouvernement démissionnaire et en gestion des affaires courantes”, indique l’entourage de la locataire de Matignon au Monde. Parmi les sujets du moment qu’Elisabeth Borne souhaiterait faire avancer : la revalorisation du point d’indice des fonctionnaires, le prolongement du bonus automobile, le lancement de la mission flash sur les urgences à l’hôpital ou encore des textes liés à Parcoursup.

Devant tous ces dossiers, Emmanuel Macron ne voudrait pas avoir un gouvernement “empêché” en raison de son statut de démissionnaire. Un statut qui aurait pu durer, le temps que la future équipe ministérielle se dessine. Car le chef de l’Etat n’aime pas se précipiter. Il l’a fait comprendre après sa réélection, mettant trois semaines à nommer son nouveau gouvernement. S’il avait accepté la démission d’Elisabeth Borne, la précipitation aurait dicté ses choix car, à partir de jeudi, Emmanuel Macron ne sera plus en France : Bruxelles jeudi, Munich ce week-end pour le G7, puis Madrid en début de semaine prochaine, indique Le Parisien. Or, “Macron ne peut pas s’envoler à l’étranger en laissant le pays sans Premier ministre et gouvernement” note un conseiller auprès du quotidien. Ainsi, Emmanuel Macron a renouvelé sa confiance en Elisabeth Borne. Véritable choix ou concours de circonstances ?

Elisabeth Borne a donc respecté la tradition de “démission de courtoisie” qui remonte à la IIIe République, même si celle-ci ne fait l’objet d’aucune mention dans la Constitution. Chez LREM, ce refus d’une démission d’Elisabeth Borne est “purement tactique”, comme un cadre du parti l’a confié à Franceinfo, “pour ne pas désavouer sa Première ministre et gagner du temps.” Cependant, l’interlocuteur estime que la Première ministre ne devrait pas s’éterniser à Matignon : “Tout le monde sait que c’est fini pour elle avant d’avoir commencé.”

Par ailleurs, du côté de l’opposition, la légitimité d’Elisabeth Borne est désormais clairement et explicitement remise en question et les appels à la démission – la vraie cette fois – commencent déjà à s’accumuler. Elisabeth Borne, qui doit prononcer son discours de politique générale face à la nouvelle Assemblée dans les prochaines semaines (sans date précise, comme l’expliquait Olivia Grégoire, la porte-parole du gouvernement), devrait le même jour être confrontée à une motion de censure contre elle. Le député LFI Eric Coquerel a d’ores et déjà annoncé le dépôt de cette motion. Certains élus de l’oppositions chercheraient une coalition trans-partisane pour mettre le gouvernement en minorité dès la reprise des débats. On se souvient qu’en pleine discussion sur la réforme des retraites, droite et gauche avaient déposé des motions de censure séparées, qui avaient toutes les deux échoué.

Si le scénario d’une Assemblée faisant tomber la Première ministre est encore lointain, plusieurs élus réclament par ailleurs la tête d’Elisabeth Borne. “Elisabeth Borne doit partir, ça me semble une évidence”, a déclaré le député LFI de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière, sur France inter, en réaction aux résultats des législatives. “De toute manière, son discours de politique générale sera minoritaire dans cette Assemblée.” Raquel Garrido, autre élue Nupes du 93, a elle aussi estimé que “logiquement, la Première ministre doit remettre sa démission”. “Il n’y a plus de gouvernement Elisabeth Borne, elle doit assumer le mauvais résultat d’En Marche”, a-t-elle ajouté dans Le Figaro. “Je crois que ce serait la logique politique du résultat des élections”, a aussi estimé Manuel Bompard, nouveau député des Bouches-du-Rhône, sur BFMTV.

A droite et à l’extrême droite aussi, des voix estiment que la situation est “intenable”. Pour Rachida Dati (sur TF1) notamment, Emmanuel Macron devrait “tirer les conséquences” des législatives et “changer de Premier ministre”. Le maire de Perpignan Louis Aliot juge la Première ministre “trop faible” pour “pouvoir rester”. Sur France Inter, il a ajouté ce lundi qu’il y a “un choix de Premier ministre crucial à faire, qui permette une continuité politique et une stabilité politique qu’elle n’aura pas”.

Une macronie qui doute elle aussi d’Elisabeth Borne

La macronie, elle aussi, donne des signes de doute concernant Elisabeth Borne. Depuis le résultat des législatives, peu de voix viennent soutenir Elisabeth Borne dans l’épreuve. Dans les matinales, les pontes de la majorité ne se bousculent pas pour garantir la stabilité de la Première ministre à son poste. La porte-parole du gouvernement Olivia Grégoire a tout de même tenté de défendre sa collègue sur France Inter, écartant toute démission ainsi qu’une hypothétique dissolution de l’Assemblée… “à ce stade”. “Au moment où je vous parle, non”, a timidement assuré la porte-voix de l’exécutif, pour qui l’examen du projet de loi sur le pouvoir d’achat, dès le mois de juillet, sera “l’épreuve de vérité” pour le RN et la Nupes.

“Au moment où je vous parle, la Première ministre demeure une Première ministre qui a eu le courage de se présenter aux urnes”, a aussi tenté de répondre Olivia Grégoire sur la légitimité d’Elisabeth Borne à Matignon. “Ce qui compte c’est que la Première ministre, dans un moment extrêmement difficile, soit élue. Ça n’est pas le cas de beaucoup d’autres qui ne sont, notamment Jean-Luc Mélenchon, pas allés aux urnes”, a-t-elle ajouté au sujet de la candidature d’Elisabeth Borne à ces législatives, tout en reconnaissant que son score était “faible”.

Malgré tout, Élisabeth Borne poursuit sa mission. Elle s’est entretenue avec une partie des présidents des groupes parlementaires fraîchement nommés, ce jeudi. Alors que ces rencontres n’étaient attendues que pour la semaine prochaine, le calendrier a été avancé a fait savoir la Première ministre en marge d’un déplacement au centre de commande national de gaz ce jeudi 23 juin. Alors que la majorité cherche encore un chemin pour mener sa politique à l’Assemblée nationale face à l’opposition, Élisabeth Borne va établir un premier contact avec les députés. Lors de ces entretiens, l’ancienne ministre du Travail devrait reprendre les deux propositions faites la veille par Emmanuel Macron lors de son discours : une “coalition de gouvernement” ou “des accords” au cas par cas selon les textes. Alors que tout au long de la journée l’opposition a exprimé sa méfiance et pour certains le refus de s’allier au gouvernement, les négociations ne seront pas évidentes pour Élisabeth Borne. “Je suis confiante, les forces politiques et députés souhaitent que notre pays avance”, a toutefois déclaré la Première ministre qui assure être “au travail sur des projets très concrets” et investie “pour trouver le chemin et voter des textes à l’Assemblée”.

La rencontre d’Elisabeth Borne avec les présidents des différents groupes parlementaire repousse un peu plus sa démission à la fonction de Premier ministre. Si elle a été mise en retrait des discussions avec les forces d’opposition, réservées à Emmanuel Macron en début de semaine, et a été absente de l’allocution du chef de l’Etat du 22 juin, Elisabeth Borne s’accroche à Matignon. Pourtant le flou persiste autour de sa reconduction en tant que Première ministre malgré l’importance et l’urgence de la décision, notamment pour l’opposition qui plaide majoritairement pour le remplacement de la ministre. Des appels qui ne pressent pas pour autant le gouvernement, la porte-parole Olivia Grégoire ayant évacué ce matin sur Franceinfo les questions sur la tenue d’un vote de confiance et même instauré le doute sur la date du discours de politique générale d’Elisabeth Borne. Attendu le 5 juillet, il pourrait être reporté selon la voix de l’exécutif. Une décision qui viserait, comme le refus de la démission de courtoisie de la ministre par Emmanuel Macron le 21 mai, un maintien de circonstance de la Première ministre ? Au contraire, selon certains conseillers de l’exécutif bavard dans les colonnes du Figaro, le refus du chef de l’Etat trahirait sa volonté de ne pas reconduire Elisabeth Borne rue de Varenne. Reste qu’évincer de Matignon la première femme en poste depuis 30 ans au bout d’un mois ferait tâche. Ce qui est sûr c’est que l’agenda international du chef de l’Etat oblige la Première ministre et son équipe à rester à la tâche encore plusieurs jours. Et après ? Elisabeth Borne est-elle sur un siège éjectable ?

Elisabeth Borne s’est imposée lors du second tour des législatives dans la 6e circonscription du Calvados avec 52,46% des voix, d’après les résultats finaux fournis par le ministère de l’Intérieur. Elle s’était également imposée lors du premier tour des élections une semaine plus tôt. Jamais élue, l’ancienne ministre du Travail, originaire de Normandie, réussit donc son pari personnel, sans briller néanmoins, dans ce territoire qui avait placé nettement en tête Emmanuel Macron aux deux tours de la présidentielle (31 % des voix au premier tour, quand Jean-Luc Mélenchon n’y a recueilli que 17,65 % des suffrages exprimés).

Elisabeth Borne faisait face au second tour à Noé Gauchard, étudiant écologiste de 22 ans qui représentait la Nupes dans cette circonscription et à Jean-Philippe Roy pour le Rassemblement national au premier tour. Alain Touret, le député LREM sortant, a quant à lui quitté ses fonctions après trois mandats de député depuis 1997, pour des raisons de santé. Il avait été élu il y a 5 ans avec 68% des suffrages. 

Elisabeth Borne avait balayé les soupçons de parachutage lors de sa candidature, qui avait précédé – rappelons-le – sa nomination à Matignon. “Le Calvados, c’est le berceau de ma famille. Par exemple, mon grand-père a été pendant de nombreuses années maire de Livarot”, déclarait la candidate à ce sujet, citée par Franceinfo. Mais ces souvenirs personnels n’étaient probablement pas l’unique motif de cette campagne : relativement inconnue du grand public, Elisabeth Borne est souvent qualifiée par ses détracteurs (en particulier par la Nupes) de “technocrate”, de haute-fonctionnaire détachée des enjeux du terrain. Dans la majorité, c’est aussi ce profil “techno” et pas assez “politique” qu’il fallait tenter de gommer. Et cette campagne des législatives n’y aura finalement que très peu contribué.

Elisabeth Borne a été nommée Première ministre par Emmanuel Macron le 16 mai 2022, après des semaines de spéculations suivant la réélection de ce dernier le 24 avril. Le chef de l’Etat avait assuré quelques jours avant cette nomination qu’il voulait à ses côtés “quelqu’un de sensible sur les questions sociales, environnementales et productives”, une personnalité “incarnant à la fois le ‘renouvellement’ et en même temps ‘quelqu’un de solide, capable de faire un 20 heures devant quinze millions de téléspectateurs et de tenir dans le chaudron de l’Assemblée, lors des questions au gouvernement'”, disait aussi l’entourage du chef de l’Etat. Le tout avec “une sensibilité écologiste affirmée car Emmanuel Macron a promis de nommer un ‘premier ministre chargé de la planification écologique'” (Le Monde).

Elisabeth Borne s’est ainsi imposée comme celle qui cochait le plus de cases dans cette équation. Elle est même devenue une évidence dans les tout derniers jours avant sa nomination, notamment après la levée de bouclier provoquée dans la majorité par l’hypothèse Catherine Vautrin, ancienne ministre de Nicolas Sarkozy qui s’était battue contre le mariage pour tous lors du quinquennat de François Hollande.

Qui est Elisabeth Borne ? Biographie Express

Avant d’être nommée Première ministre, Elisabeth Borne était ministre du Travail dans le gouvernement Castex, après avoir occupé les portefeuilles des Transports et de la Transition écologique depuis 2017. Relativement peu connue des Français, ce qui peut constituer “un atout” dans ses nouvelles fonctions, elle l’était toutefois “plus que ne l’étaient Édouard Philippe et surtout Jean Castex” à leur arrivée à Matignon. 

Diplômée de Polytechnique, technicienne tenace, jugée loyale, Elisabeth Borne est en tout cas perçue par la Macronie comme ayant fait ses preuves au gouvernement pendant tout le dernier quinquennat. Cette ancienne directrice de cabinet de Ségolène Royal, qui fut aussi préfète et dirigeante de grandes entreprises publiques comme la RATP, a également le mérite d’appartenir à l’aile gauche de la majorité, un atout à l’approche des législatives et à l’heure où s’annoncent de nouvelles réformes sociales, à commencer par “la mère des batailles” sur les retraites.



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